Libre comme l'Eire

Libre comme l'Eire

UN CHIEN DE SABLE

Je ne voulais pas ecrire ce texte. Pas tout de suite. Je voulais que l'ivresse du retour dure encore un peu.

Je devais parler de ce chien de sable sur Grafton Street, mais je m'en suis eloignee. Pas si evident de regarder la misere en face. Il s'applique, l'artiste-mendiant de Grafton Street, le sable pour seule argile, modelant pour toujours un chien sur le pave, sous les yeux, amuses, indifferents, mais toujours fugaces des passants.

La tete du chien change parfois de forme, mais pas d'expression : trois eternels cailloux, dont l'un, par un triste hasard, ressemble a une truffe. La statue a ce nez froid adorable des chiens qu'on aime a caresser. Certains chiens sont mieux traites que certains hommes. et les passants regardent ce chien, le pointent du doigt a leurs enfants, contemplent les yeux creux de la bete pour ne pas croiser ceux de son maitre. Petit garcon jouant avec sa pelle sur une plage de beton, il a les yeux pleurants des misereux d'ici.

Vous direz que la misere est partout la meme. Qu'elle engendre la colere et la faim,et dans le regard de ceux qu'elle embrasse elle fait naitre son fils, le desespoir.

Une lumiere citronee drape Trinity College,

mais j'ai decide, pour une fois, de laisser le ciel a ses anges et de m'occuper de quelques pauvres diables, qui ne sont jamais que des anges oublies.

Le chien de sable se change parfois en chat, seules les oreilles different. Meticuleux, l'homme faconne la statue et lui fait une colonne vertebrale. Il lui caresse pour toujours le dos, les oreilles, il flatte son compagnon silencieux, distrait seulement par le bruit des piecettes dans le gobelet en carton. Peut-etre qu'il les compte. Au son, il sait si le passant soulage sa conscience de plus ou moins genereuse maniere. Les genereux,parfois, ne le sont qu'envers eux-memes. Ceux-la qui donnent se regardent donner.

J'ai bien essaye de regarder l'artiste dans les yeux, mais tout ce que je pouvais c'etait offrir un sourire trsite et decider d'ecrire mon texte une prochaine fois. Mais je l'ecris ce soir, apres m'etre eloignee de mon sujet d'etude.

Un peu plus loin, un jeune homme blond aux tresses infinies joue divinement de son violon. Lors de mon premier jour il etait irlandais, et aujourd'hui il est tzigane, jouant peut-etre pour assurer son repas du soir.

J'entends ce violon alors que j'ai choisi,comme chaise d'ecrivain,le socle de la statue de Molly Malone, irlandaise au destin funeste.

Apres le sculpteur au chien de sable, voila un artiste aux craies de couleur qui dessine lui aussi tous les jours la meme oeuvre. C'est la premiere fois que les Simpson ne me font pas rire.  Ils sont dessines sur un bout de trottoir, avec un mot desespere deguise de sympathie.

L'artiste a un accent irlandais aux relents d'alcool. il se dispute pour rien avec son compagnon d'infortune, peut-etre pour entendre sa propre voix apres tant d'heures de silence. Il consulte son modele sans en avoir besoin. Il dessine sur le sol et la pluie efface tout, et toujours il pousse sa pierre en haut de la montagne.

Une passante vient d'ecraser le dessin sans s'en apercevoir. L'artiste a les mains grises, ses doigts sont pleins de craie et de poussiere,rougis par le travail et le froid qui n'epargne pas meme l'ete dans le quartier Misere.

La craie au bout des doigts, pour moi, c'est l'espoir pourtant, je garde au fond de la poche la premiere craie que j'aie posee sur un tableau noir, comme une relique, pour me souvenir qu'on jour, j'ai decide de devenir enseignante. La craie c'etait mes tendres visages, les espiegles, les j'en foutre, les sages et les bavards, les discrets et les extravertis, enfants privilegies tous mendiants d'amour.

Mais ses craies a lui sont son outil, sa survie. il a l'air malade,le visage sur la main, les yeux rives au sol, et a deux pas de la Trinity resplendit.



28/08/2009
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