Libre comme l\'Eire

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PLUTOT LOUVE QUE CHIENNE - REFLEXION SUR LA FONTAINE



Le portrait au-dessus, c'est lui. La Fontaine. Celui qui vous a fait reciter des fables en vers a l'ecole primaire. C'est lui, toute la doxa semble inscrite dans ses traits d'une sage severite, ses boucles ont ecrit tous les proverbes de la langue francaise.

Plus qu'en la parole de mes parents, de ems professeurs, ou de tous ces raisonnables aux meilleures intentions, je crois en la parole des grands auteurs, de ceux qui ont su dire en peu de mots l'essentiel des etres. Il est bien banal de dire que La Fontaine est de ceux-la.  A la croisee des chemins, beaucoup conseillent la prudence, La Fontaine en France, Gracian en Espagne, et notre chere Austen en Angleterre. La plupart des fables de ce premier illustrent cette theorie:

Rien ne sert de courir, il faut partir a point

 

les plus accomodants sont les plus habiles



Un tien vaut mieux que deux "tu l'auras."



La cigale ayant chante tout l'ete
se trouva fort depourvue
quand la bise fut venue.



Bon.

Il faut donc etre prevoyant, se contenter de ce que l'on a, preferer la prudence a l'aventure. Et le monde lui donne raison, puisque tout un chacun, litteraire ou non, a adopte ses morales en expressions courantes, lui donnant raison dans leur discours sans meme y penser.

Mais il est une fable qui semble contrecarrer toutes les autres, ou la prudence, la bonne chair, l'acquis, la certitude, sont mis a mal par une reflexion sur la liberte, chere a La Fontaine, qui place cette valeur-la, comme tous les grands philosophes, au-dessus de toutes les autres. Et je choisis une encre d'ecoliere pour lui rendre hommage...

Le loup et le chien

Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
"Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.



Plutot louve que chienne, l'ecrivain. Plus proche dans sa philosophie de la phrase de Benjamin Franklin:

People willing to trade their freedom for temporary security deserve neither and will lose both.

Les gens prets a echanger leur liberte contre une securite temporaire ne meritent ni l'un ni l'autre et perdront les deux.


Plutot louve que chienne, oui. Vous voyez bien, je cours encore.


 


28/08/2009
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