Libre comme l'Eire

Libre comme l'Eire

HARD TIMES

Je voulais ardemment revenir en Angleterre, car je porte ce pays dans les tripes. Quand on aime une femme, on en vient a aimer ses defauts, et j'aime l'Angleterre comme une femme. J'aimais ses pubs suintant de desespoir, la joie sordide des solitaires devant leur pinte, leur regard lubrique glissant sur la chute des reins d'une serveuse.

Oui, j'aime ce pays jusqu'a sa laideur, la lumiere sale des machines a sous dans les pub oublies, le vert sombre des murs, et la poussiere tombant sur les fauteuils aux fleurs fanees.

L'Irlande est souvent synonyme de misere. La Grande Famine, la pauvrete, l'education catholique, voila ce a quoi l'on pense en parlant d'une ile qui n'a que son herbe pour emeraude.

Frank McCourt decrit tres bien, dans Les Cendres d'Angela, une enfance terrible nourrie seulement d'amour.

Les irlandais ont le regard comme accoutume a la misere, et ils sourient, les yeux mouillants, au jour qui se leve quand-meme sur les etres et les choses. Leur rosee c'est la bruine matinale, leur richesse la nuance doree du the adoucie de lait et de sucre brun. La chaleur qu'ils conservent dans l'ame les protegent du vent qui fait rage au-dehors, et quand ils tendent la main a l'inconnu qui passe, chante deja dans les esprits le bonheur d'etre ensemble.

"Les temps sont durs." Dickens le disait,

mes grands-parents le disaient,

mon pere le dit, et bien d'autres aussi. Sans doute gardent-ils en tete le souvenir d'une epoque revee, tant il est vrai, pour paraphraser le poete, qu'on reconnait le bonheur une fois qu'il s'est enfui.

Quant a moi, je ne dirais pas "hard times," je dirais "challenging times." Tout de nos jours semble un defi : trouver un emploi dans sa branche, allier vies familiale et professionnelle... et la jeunesse n'est pas exempte d'inquietudes : a la croisee des chemins, amorcer une route; pouvoir se regarder en face une fois le sentier choisi; et, a la fin, pouvoir se regarder encore, en considerant le chemin parcouru.

Un vieux monsieur de la faculte m'a demande dans un joli francais teinte de langue anglaise : "Aimez-vous le defi de cette annee ?"

Inutile de dire ce que fut ma reponse.



03/10/2009
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